Slow qui peut !

Edition

La jeunesse actuelle est venue au monde grâce aux anciens « intermèdes de musique douce » prévus dans toutes les boums, fêtes et boîtes de nuit des générations pré-internet, que l’on appelait les slows. Témoignage.

1988. 14 Mai. 15h58. La salle immense s’assombrit quelque peu. Les garçons et les filles prennent leurs distances. Timides. Laurent s’approche. Il fixe Nathalie dans les Kickers. Son appareil dentaire fraîchement posé, il murmure un sirupeux « tu danses ? ». Elle annonce un «wwwouiii» rougissant. Les voilà seuls au monde, sur une piste de danse désertée. L’un en face de l’autre. L’un contre l’autre. Emoi maximal lorsque retentit le fameux break de saxophone. « Ta lalala la lalala». Deux tourtereaux postpubères adoubés par George Michael et son déjà vieux Careless Whisper. Le ton d’une vie est donné. Les moins de vingt… euh trente ans ne comprennent pas.

Mais mieux que youporn, ces instants expriment une dramaturgie érotique très intense. Il faut se lever. Braver le regard des copains, penauds mais railleurs. Se défaire du regard de la « belle Peggy du Saloon » qui bat des cils comme une luciole aguichante. Une fois cette témérité affirmée, le plus dur reste à venir. Au départ, jauger la bonne distance. Pas trop près mais pas trop peu. à la fin du premier couplet, se rapprocher davantage afin d’être bien placé pour le refrain. Bien positionner ses mains. Pas trop bas. Surtout pas trop bas. La question de la conversation se pose forcément.

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Rapprochement en slow motion – © Freepic

Que dire ? Alors, le cerveau se promet d’être ingénieux. « Vis-tu chez tes parents ?» annonce-t-il à sa copine de seconde (Sic !). Ou « viens-tu souvent ici ? » provoque-t-il à sa camarade de lycée. A cette époque, les filles souriaient, indulgentes. Oh… le refrain. Les deux jeunes corps se rapprochent jusqu’à se toucher. Les amples pantalons Dockers se  des alliés de choix. Après le premier slow, plus rien n’est jamais pareil. L’inconnu(e) ne l’est plus. Un parfum envoûtant. Un relief étranger. Sur le refrain, la vedette peroxydée peut brailler. Qu’importe. Elle peut même faire son coming out. Foutaise. D’ailleurs,
à cette époque, cela ne se faisait pas. A la fin du dernier couplet, les plus hardis s’embrassaient. Les autres ne faisaient qu’y penser. Pendant de longues journées. D’interminables nuits. Finalement, les garçons et les filles faisaient connaissance avec l’apparence de l’autre. Sans trop en faire. En rêvant juste d’aller, timidement, toujours un peu plus loin. En chanson. Dans la pénombre. ●

© Photo : <a href= »https://www.freepik.com/free-photos-vectors/music »>Music photo created by freepik – http://www.freepik.com</a&gt;
© Texte extrait du webmagazine Faces B #1 – Eté 2012 – http://facesb.fr/magazine1.php

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