Nos cliques et nos claques

Edition

L’évolution de notre consommation s’est emparée de la notion d’engagement afin de servir les intérêts du « consommer plus ». Entre l’offre « sans engagement » des opérateurs de téléphonie mobile et le « dis-moi ce que tu cliques, je te dirai qui tu es » des réseaux sociaux, le marketing mix nous fait sa tambouille en calquant nos modes de vie… à notre détriment ?

Tout se passe dans une grande tour. De longues baies vitrées plongent sur des bâtiments voisins à l’architecture classique. Dans un bureau, encore un autre bureau. Un homme en cravate avance avec une assurance mercantile. Le brushing docile. Les joues rasées depuis le petit déjeuner. Sa cravate, unie et italienne, est assortie à son costume sombre, certainement milanais. Face à lui, des tableaux, des tableurs, des courbes, des histogrammes, des camemberts. Il brille comme une étincelle de briquet. Aussi éphémère. Aussi clinquant. Clopin clopant, il enchaîne des blondes américaines au rythme de son cendrier. Je ne vais pas tourner davantage autour du mot. Notre homme est un symbole. Celui du marketing de « non-engagement ». Grâce à lui et à ses disciples, les marques nous engagent à ne pas nous engager. C’est écrit partout. En petit. En gros. En très très (trop) gros. Et, plus c’est gros, plus cela fonctionne.